Lundi 27 février 2012

Le pianiste Edouard Bineau avoue avoir un peu hésité à donner à son disque ce titre accrocheur "Sex toy" et c’est vrai que ce titre que l’on imaginerait plus volontiers attribué à de la musique techno répétitive peut d’autant plus interrogé que l’auteur de son service presse indique : " Dans un monde où se banalisent les satisfactions immédiates et solitaires ; quand le désir n’est plus que la ligne droite qui relie trop vite un point à un autre point et que le plaisir vient s’échouer sur des rivages de sensualité désertés, cinq musiciens se retrouvent et prennent en main leurs instruments : « Wared » se réunit à nouveau pour un second album : « sex toy ». Des compositions originales d’Edouard Bineau mais aussi de Daniel Erdmann et de Gildas Boclé, un vieux blues traditionnel, une chanson de Georges Brassens et de Félix-Hubert Thiéfaine revisités par le quartet et sur lesquels Edouard Bineau nous surprendra parfois avec quelques notes d’harmonica. Plaisir immédiat ? Ou désir renouvelé d’un album qui se dévoile et se délivre un peu plus à chaque écoute ? Quand le jeu cesse d’être un objet mort pour devenir un album sensuel, enivrant et terriblement humain !"... Avec l’excellent saxophoniste Sébastien Texier qui se joint à la formation précédente, sans doute cet album aurait-il pu mériter aussi le titre "Sax boy" à caractère plus humain, car la présence de ce musicien apporte beaucoup à la couleur chaleureuse de ce bel album.

Mais ce titre serait il est vrai trop limitatif car c’est sans hésitation l’album le plus réussi du pianiste Edouard Bineau qui a chaque nouvel opus progresse de façon absolument remarquable, ainsi la nouvelle splendide version du titre "Frédérique" est-elle à son apogée... ce renouvellement est en tout cas un des trésors de ce disque qui en recèle nombreux autres : l’extraordinaire "No way back" ; "Homo Erectus" ou bien sûr le titre éponyme "Sex toy" en fait le deuxième titre de cet album précédé d’un court piano solo "X 1938" avant que le quintet ne prenne place pour les douze autres titres dont vous pouvez découvrir quelques extraits dans la vidéo ci-dessous. Un album où la rythmique originale a aussi une très grande importance aussi ne faut-il pas oublier de citer outre l’autre excellent saxophoniste Daniel Erdmann , Gildas Boclé contrebasse et Arnaud Le Chantre le batteur auxquels ce disque doit aussi un rythme fort enthousiasmant et plus encore notamment leurs propres compositions. Reste à savoir si les musiciens seront six pour le prochain opus ..."Six boys" ?... Quoi qu’il en soit et en attendant il vous restera donc à découvrir les trésors cachés à chaque nouvelle écoute de celui-ci car si c’est le "disque du moment" sur pianobleu.com, comme tous ainsi sélectionnés, il mérite que l’on y revienne souvent. Le pianiste Edouard Bineau a bien voulu répondre à quelques questions au sujet de ce disque :

-  Cette fois votre nouveau disque sort très rapidement après le précédent : juste un peu plus d’un an après, votre nouvelle formation a-t-elle conquis les scènes ? Comment s’est passé 2011 pour Wared tant en concert qu’en disque ?
Nous avons eu la chance de faire une trentaine de concerts avec cette formation , à la suite de la sortie du disque. C’est vraiment devenu un "groupe", et ce qui se passait sur scène était de mieux en mieux. C’est devenu très vite une évidence pour nous tous de retourner en studio pour profiter de cette expérience, et puis nous prenons de plus en plus de plaisir à jouer ensemble.

-  Votre Quartet est devenu un Quintet, Sébastien Texier n’est plus un "invité" mais musicien à part entière de votre formation, pourquoi ce choix ?
Nous avions fait une moitié des concerts avec Sébastien Texier. Certains, aussi en quartet avec lui quand Daniel était absent. Daniel et Sébastien ensemble, c’est très excitant, il y a une vraie complicité entre eux : et ça me permet d’écrire autrement avec deux solistes comme eux. Logiquement Seb. a pris une plus grande place dans ce "Wared", même s’il y a aussi quelques morceaux en quartet.

-  Vous avez cette fois donné un titre à votre disque "Sex toy" mais n’est-il pas justement son contraire à lire les propos expliquant ce titre dans le service presse ?
"Sex Toy", au départ c’est surtout un des titres de l’album. C’est aussi le premier que j’ai écrit pour le quintet. Ensuite c’est devenu le titre de l’album, parce que... ça sonne bien ! non ? C’est vrai qu’il y a la notion de désir, plaisir et de jeux, comme en musique ; mais en fait, le titre du morceau ( et là de l’album), Sex Toy , chacun peut se l’approprier... et imaginer ce qu’il veut. On peut y trouver des métaphores, ou pas... ! J’ai hésité au début sur ce titre, mais bon, ça sonne, c’est rythmé !

-  Vous avez aussi voulu une musique plus sensuelle, et elle a effectivement une sonorité plus chaleureuse et toujours de belles mélodies, conjuguées avec des rythmes inventifs, vous semblez en perpétuelle évolution, et donnez le sentiment que vous travaillez beaucoup, est-ce le cas que ce soit hors ou en concert, testez-vous beaucoup ? Vous aviez dit composer de nuit... vos nuits sont-elles plus longues qu’avant ou bien le fait d’avoir une formation plus nombreuse vous aide-t-il ?
C’est par période. Là j’ai écrit la plupart des nouveaux morceaux en assez peu de temps, et en dormant peu. Mais je ne fais pas ça toute l’année. Ici ça m’a pris trois semaines. Nous n’avons pas tester les titres en concert, à part "Sex Toy" et "Frédérique", les autres se sont fait en studio. J’ai vraiment écrit ces morceaux en pensant à chacun des musiciens, cette fois. C’est très plaisant, et excitant !

-  Vous avez même ajouté l’harmonica à votre "panoplie" , depuis quand en jouez vous et si cela est récent avez-vous trouvé difficile d’apprendre à en jouer ?
Au départ, ça a été un défi avant un concert : Mauro Gargano (qui remplaçait Gildas ce soir là à la contrebasse), et Daniel Erdmann ont vu un harmonica (diatonique) chez moi. Ils ont commencer à me chambrer : "il parait que tu joues de l’harmo. mais si ça se trouve c’est des conneries, prouve le etc..." Le soir j’ai sorti l’harmonica sur scène, et on a improvisé un blues. je n’avais pas joué de cet instrument depuis longtemps... Après, c’est devenu un "rendez-vous" à chaque concert, comme un clin d’oeil. J’ai commencé par le blues il y a vingt ans , je jouais de l’harmonica diatonique en écoutant les disque de Muddy Waters, Howlin’ Wolf etc...mais je n’ai jamais travailler sérieusement cet instrument, c’est assez compliqué en fait. Je le fais pour m’amuser, en autodidacte.

-  Par contre cette fois quatre compositions ne sont pas de vous : Brassens déjà présent dans votre précédent disque, ici avec le titre "Mourir pour des idées" , Daniel Erdmann et Gildas Boclé en signent chacun une, et vous avez aussi "détourné " un titre de Thiefaine . Pouvez-vous expliquer tous ces choix ?
Brassens, j’adore ! Et particulièrement ce morceau. D’ailleurs je crois que j’en ferais un sur chaque album ! H.F. Thiéphaine fait aussi parti de ma culture, ( quand j’étais ado., et encore aujourd’hui ). J’ai une grande admiration pour H.F.T. et son travail. Enfin, comme je le disais, que ça soit en trio, en quartet ou en Quintet, "Wared" est un groupe , et quand Gildas et Daniel ont décidé d’écrire spécialement pour cet album, c’était comme une évidence. Et là, je dois avouer que j’ai été comblé : leurs morceaux sont magnifiques, très personnels, et sont esthétiquement très cohérents avec l’esprit du groupe.

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