Mardi 13 mars 2012

Edouard Bineau WARED quintet : « Sextoy »

Chaque album est une balise, certaines sont là pour marquer le temps, d’autres pour engager de nouvelles orientations. Wared, qui est le nom du groupe du pianiste Edouard Bineau (anagramme d’Edouard) correspond, non pas à un changement de groupe -on ne change pas une aussi belle équipe qui marche- mais à l’inscritpion de la musique du pianiste dans d’autres formes, un quintet de jazz décomplexé et libre, un label qui s’affirme Derry Dol, à qui l’on souhaite le meilleur dans une conjoncture aussi peu favorable.

A partir du trio existant depuis 2004, composé de Gildas Boclé et Arnaud Lechantre ( réécoutez L’obsessionniste, dédié au Facteur Cheval, personnage extravagant qu’aime le chanteur Hubert-Félix Thiéfaine. Ce personnage hors du commun a mis toute sa vie dans son Palais, « Bringing it all back home » comme le dit si bien Dylan, une autre idole du chanteur jurassien. Pourquoi évoquer Thiéfaine ? Parce que Wared reprend un des tubes de ce chanteur si singulier « Lorelei » …Ah les affinités électives…On remarquera aussi une autre reprise, de Brassens, « Mourir pour des idées » où Edouard Bineau se lance à l’harmonica, ce qui confère une couleur bluesy à la rengaine libertaire de l’ami George. Une fois de plus c’est la preuve que Brassens se prête aux variations du jazz (Les étrangers familiers), qu’il avait du swing dans les veines et un sacré rythme dans le poignet.

Une couleur particulière, un son de groupe pour ce Sextoy, qui devrait donner de bonnes vibrations, à n’en pas douter quand on connaît les musiciens.

Justement, dans le disque précédent c’est le talentueux saxophoniste ténor et soprano allemand Daniel Erdmann qui faisait son entrée, avec une énergie communicative ; le clarinettiste et saxophoniste altiste Sébastien Texier, était invité. Il en est à présent membre à part entière, et ainsi la formation s’étoffe avec des unissons et des contrepoints délicats, une instrumentation plus complexe qui autorise des compositions ouvertes, plus développées. Chacun continue à se donner le temps de construire dans l’échange, à parité, s’appuyant sur le groove persistant de la paire rythmique Cette musique impose sa fluidité dans une succession de titres curieux, aux climats changeants, qui ne contrarie en rien la persistante continuité de l’ensemble. Quelle est la ligne conductrice ? Le goût de la mélodie qui chante, dont la ligne claire se retient, avec autant de variantes que les frémissement passionnés d’une douce violence des soufflants.Un jazz qui ne perd pas ses repères, marqué de la touche « Bineau » qui dose toujours ses interventions, s’intégrant dans le son plein et riche du quintet. Quand il avance, non masqué, dans toute la poésie du jazz, sensuel et mélancolique, résonne ce « No way back » émouvant, rauque. Avec son complice Texier, ça chante vraiment comme dans la soyeuse et prenante musique au groove hypnotique de ce « Carousel » de cirque.

On continue à suivre avec plaisir ce groupe qui se rôde en concerts et festivals. Avec le souhait de les voir passer près de chez nous….

Sophie Chambon

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